Paroles

L'étrangère

Derrièr’ les rideaux dans un canapé de cuir est une grande fille
bell’ comme au lido avec un joli sourire et de très grandes quilles.
 
Ell’fait dans ses mains,
le dessin d’un chien,
fidèle et couché
qui lui chauff’ les pieds.
 
Langoureuse un peu pas trop mais en sous-vêt' elle va voir à la glace
comme ses cheveux, silencieuse comme muette, se torsadent et s’enlacent.
 
Elle attend un Jules,
une espèc’ de mule
qui lui fait l’amour
sans lui dir’ bonjour.
 
Miroir et image elle remet de la couleur blanche sur ses pommettes
sans hâte et sans rage, elle sait fair’ battre son cœur, et se dit c’est
trop bête :
 
D’être à ce garçon
qui sent le poisson.
Il vient tout à l’heure,
je l’sais c’est son heure.
 
Ell'vêt une robe une veste un pantalon, elle pinc’ ses cheveux
Les cache sous un bob, met en ordre le salon, et puis elle fait un vœu
 
Le veux-tu toi l'chien,
- Toi qu’est l’seul typ’ bien -
veux-tu prendr’ la fuite ?
Si oui, c’est tout d’suite...
 
Dans les rues de l’ombre, elle va là où la mènent son cœur et son instinct.
Fille de la tombe et puis fill’ de la peine, ô la pauvre putain.
 
Mais seule elle se perd,
elle n’a pas de flair.
Et puis cette ville,
la rend malhabile.
 
Les rues sans lumièr’s sont celles où l’on chemin’ quand on a pas d’espace
Que lui veut la terre, as-tu vingt ans la gamine, on choisit pas sa place.
 
Où est son pays ?
Mais qui vit ici ?
Qui sont tout ces gens
aux airs importants ?
 
Ell’ parle à personne, pour la raison que la langue elle ne la connaît pas.
Ell’ s’appelle Yvonne et tous les soirs si elle tangue des hanches, c’est pour toi.

Auteur:
Jérémy Casseron
Souvenirs du réel
Un euromillionnaire

Faudra que tu y ailles à pattes sans ta bagnole
Faudra bien regarder en face, les oiseaux, les gosses de nos écoles.
Tu as quoi dans ta besace de plus qu'une clé des villes ?
Tu travailles pour un fantôme d'un fantôme c'est qui au bout du fil ?
 
Tes paris perdent
 
Ton ange était ton diable ; lorsqu'il a parlé fort
Ses désirs trop longtemps contenus t'envoient dans le décor !
Pas de mal... Première chance... Il revient à la charge
Maintenant que tu es tout nu tu rameras dans son équipage.
 
L'argent et le confort, tout était pour lui plaire
Mieux vaudrait ne rien dire à ta femme de ta situation elle était tellement fière !
Mais l'train est en avance, et ça te fout les boules
Ne sais-tu pas que toutes tes actions étaient en différé ma poule ?
 
Tes paris perdent
 
Tout était favorable, pour ne pas que tu tombes
Ils avaient chassé les vagues, mais ils ne pouvaient pas chasser ton ombre.
Leur monde est si sordide, le tien si misérable
qu'hier encore la gentillesse se levait pour t'offrir une table ;
 
Tu as cru dans son sourire, tu as mangé de bon cœur,
C'était comme dans un rêve, et toi, tu aspires un jour au bonheur !
Bon sang c'est tellement triste, j'aimerais changer de chaîne
Mais le réseau fait des caprices... Elles sont toutes européennes !
 
Gentil cerveau cupide qui veut devenir Euromillionnaire
Faut pas jouer au plus malin, quand on est d'une souche ordinaire.
Ils préparent le terrain, n'as-tu jamais vu ton fantôme ?
A travers les vallées on a voté non, ils ont dit oui dans une assemblée d'une centaine d'homme !
 
Faudra que tu ailles à pattes sans ta bagnole
Faudra bien regarder en face, les oiseaux, les gosses de nos écoles.
Pourvu que tu t'en sortes et que tes clés fragiles
Ah... Les ambitions comme les tiennes, un jour, fassent des enfants plus subtils.

Auteur:
Jérémy Casseron
Souvenirs du réel
Le fil de la vierge

Au plafond de la pièce, une araignée s’installe
Je pourrais la tuer, l’écrabouiller d’ma sandale
Mais je n’ai pas le sang cruel et je conçois
Qu’il faut laver les murs lorsque l’on tue chez soi.

Alors princesse garde la ta force et ton mystère
Tisseuse des destins puissants et du sort des sans terres
Qui va mourir aujourd’hui, on te dit informée
Un homme violent, un intègre, un enfant mal formé ?

Aujourd’hui que tu es quelque chose d’immonde
Pour les mères, les civils, une peur inféconde
Leurs fils sans foi excommunient de la place
Tout ceux qui savent danser lorsqu'arrive la grâce.

Cette grâce que je regarde, l’insoumission fascine
Ils la dénoncent, ils la chassent, enfin l’enveniment
L’araignée du plafond à l’échelle du cadastre
C’est l’énigme « tsigane » désastre après désastre.

Regardes-tu ta main avant de faire un discours
Homme aux phobies grotesques, qui ose parler d’amour ?
Tu animes les peines et tu génères les malheurs
Quand tu écrases en criant celle qui te fait peur.

Celle qui aux Romains fit des clous et qui le regrette,
Qui ne demande rien quand les guerres s’arrêtent,
Qui a fait Django Reinhart malgré les nazis
Et jusqu’à New York la renommée de Paris !

Tous les voleurs de l’âme ont accepté la peine
D’encoller les murs de la folie quotidienne
Peu importe leurs partis lorsqu’ils tissent fidèles
Le réseau des nantis, et des guides ponctuels.

Les noyés seront sauvés, quelqu’un prendra ta place
L’avenir est sans surprise, ils musellent la grâce.
Ils ont fait l’Europe sans le fil de la vierge (Marie)
Et si cela t’étonne évite de vivre à crédit.

Ouvre la fenêtre, entends tu les caravanes ?
Le peuple du vent, le flamenco, les montagnes
Les enfants sans jouets, les chevaux, les bacchanales
Les cirques forains, les noces des salles communales ?

Auteur:
Jérémy Casseron
L'arbre aux papillons
Cette nuit

Être sur l’perron à attendre
La porte ne s’ouvre pas cette fois
Être comme un con et surprendre
Les amants enlacés, ça fait mal au foie.
Sans coup férir, alors, il s’en va
Retrouver les libations d’autrefois
Accoudé au comptoir, d’un bar à Hôtesses
Retrouver la chaleur, l’ivresse
Cette nuit

La pauvre hôtesse, cette fois
ne joue pas avec les sentiments de ce gars,
Et comme l’infirmière qui sous sa tutelle
Cache le rescapé du dernier carat.
Coeur d’artichaut, il pleure dans ses bras,
Elle lui propose un lit pour la nuit.
Il s’endort dare-dare sous son poids
L’hôtesse sourit heureuse
Cette nuit

Auteur:
Jérémy Casseron
Dom Juan
Dom Juan

Elle a les lèvres tendues
Tout le corps tendu
Vers un baiser d’homme elle appelle

Depuis l’temps qu’morfondue
Elle pense à un gus
Qui dedans sa vie mette du bordel

Tout les soirs elle se fait
Des toilettes parfaites
Devant sa glace, mimiques et dentelles…

Mais tout ce p’tit effet
A croire qu’ils font exprès
Personne ne l'a vu : Elle s’est fait belle !

Ah Dom-juan
Il faut qu’tu ramènes
elle pleur' tout l’temps
la Da-Damoiselle

Elle va dans les soirées
Les soirées pour s’montrer
Là où tout coule même le Rimmel.

Là où le cœur serré
On attend de s’marier
Un type qui ne pue pas trop des aisselles !

Elle est de ces filles là
Timides, qu’on ne voit pas
Qui n’sont pas laides sans non plus être belles.

La nature a d’ces lois
Et qui ne le sait pas
N’a rien compris à la tour de Babel…

Ah Dom-juan
Il faut qu’tu ramènes
c’est le moment
chez la Da-Damoiselle

Les Dom-juans n’ont plus d’cœur
Les types n’ont plus d’sœurs
Ils cherchent tous la même gazelle

Celle qui r’semble à une fleur
Celle qui n’a plus d’odeur
Celle qu’a des OGMs dans la cervelle…

Heureusement que dans l’monde
Y'a pas que des Miss Monde
Faudra payer la note, monsieur, l’échelle !

Au prix des subterfuges
Je dis gloire à qui juge
Ce soir, c'est gratis l'arbre de noël.

Ah Dom-juan
Il faut qu’tu ramènes
elle pleur' tout l’temps
La Da–Damoiselle

Auteur:
Jérémy Casseron
Dom Juan
Ami

Je sais t’avoir fait du mal et chaque jour qui passe rompt en moi
Un peu plus de bonheur, mais tu pourrais me rendre ma joie
On était sur le même chemin, trop peut-être pour qu’on y croie
Tu l’avais écrit de ta main, j’ai mal lu, please, crois moi

Je persiste à t’écrire encore, mes lettres sont sans réponse de toi
Je veux trouver la clé en or, et ouvrir une nouvelle voie
Je ne veux pas que tu reviennes sur ma route
Je ne veux pas t’apprendre la vie, écoute
Un signe de toi rendrait ma joie.

Un dicton populaire nous dit, qui châtie bien aime aussi sois
Pas trop cruel mon vieil ami, on s’est connus moins de six mois
Ami, je veux ta route en somme, aussi belle avant nos coups bas
Car je pleure aussi comme un homme, à l’intérieur, tu ne vois pas

Dis moi si la B.A. est vaine, on prend un coup, deux, mais pas trois
Et si ce qui coule dans mes veines doit couler sur ma peau pour toi
Je ne veux pas que tu reviennes en vaincu
Je ne veux pas te plier plus, sais-tu
Un signe de toi rendrait ma joie

Ah le silence a bien des ombres, elles se bousculent, on ne dort pas
Et les rêves soulèvent les tombes, et le vent pliera notre croix
Quand je délire à réussir, la mort me dit ne prends pas froid
Combien faut-il encore souffrir, ami, please, rends-moi ma joie.

Auteur:
Jérémy Casseron
L'arbre aux papillons

Je vous ai apporté un paquet d’églantines
Et puis tout un bouquet de belles capucines
Y’en a d’toutes les couleurs, y’en a pour tous les cœurs,
Prenez-en c’est pour vous, moins celle-ci c’est pour Lù.

Je vous ai apporté des bottes de pensées
Y’en de toutes les sortes, elles aiment se mélanger
Des roses et puis des bleues qui caressent les yeux
Allez-s’y, servez vous, moins celle-ci c’est pour Lù

Les filles mon père
Elles m’animent sévère
Mais c’est Lù mon père
Qu’a la fleur qu’j'préfère !

Je vous ai apporté cent trente et une violettes
Autant que toutes les semaines que j’vous ai dans la tête
Qui ça ? Voyons personne occupez-vous d'votre homme
Et prenez ces fleurs vous, moins celle-ci c’est pour Lù.

Je vous ai apporté des brassées de glaïeuls
Madame passez bien l’bonjour à votre filleule
En souvenir de son joli petit bidon
Et de ses vrais bisous, moins cette fleur c’est pour Lù !

Les filles ma mère
Elle m’animent sévère
Mais s’est Lù ma mère
Qu’a la fleur qu’j'préfère !

Je viens de récolter cent cinquante trois mille roses
J’ai les mains toutes griffées mais c’est pour quelque chose
C’est pour flancher un cœur et pour gagner mon beurre
Madame je suis fleuriste et pour ma Lù,

Auteur:
Jérémy Casseron
Souvenirs du réel
Mon pote le chêne

Allons viens, je t’emmène voir mon pote le chêne
Mon ami de toujours.
J’lui parle de mes peines, je lui dis ce que j’aime.
Crois-moi, il n'est pas sourd
A mes paroles, il les garde au frais
Et quand je les oublie, je vais le voir pardi.

Et tout ce que je grave, tout au sein de sa sève
Mon ami de toujours,
Lui, il ne l’égare pas alors il me le souffle.
Et peu importe le jour, ces paroles
Il les a au frais,
Et quand je les oublie, lui, il me les redit.

Lors je prends du courage et content comme un sage
Mon ami de toujours,
Me joue de la musique tout en mouvant ses feuilles ;
Dès lors, la joie accourt à mes paroles
Je gagne ton respect.
Et dans tes yeux je lis, qu’on monte au paradis !

Auteur:
Jérémy Casseron
Dom Juan
Une ville sans histoire

Le fil de la discussion a été perdu
A la terrasse du café cet été
Buvons un autre verre pour oublier
Que l’on est bloqué ici sans revenu !

Je m’imagine ailleurs je suis là
J’ai du mal à vivre ou c’est toi
Qui aimes les noyés
Pauvre ville fatiguée.

Je n’ai pas quémandé, tu m’as mal reçu
Tu étais toujours là sur mes pas
Il fallait faire vite, et faire selon toi
Aujourd’hui je m’ennuie de ton fleuve de tes rues.

Ma solitude est si grande que tu fuis, petite
princesse pour celui qui ne t’aime pas

Je m’imagine ailleurs, je suis là
J’ai du mal à compter ou c’est toi
Qui as la main avare
Riche ville de l'histoire

Sûrement c’est encore mes faux pas qui me tuent
J’ai travaillé à l’œil, fais confiance à la vie :
Ne crois jamais les promesses de qui te sourit
Leurs travaux sont des peines sans revenus !

Je m’imagine ailleurs je suis là
J’ai du mal à me battre ou c’est toi
Qui chéris les pendus
Triste ville corrompue ?

Tu dis "je vais te voler", mais tu m’as confondu
Tu m'as pris pour un autre et c'est toi qui me dois
Un jour tu prendras de mes nouvelles, mais je crois
Il sera trop tard, je me serai déjà battu...

Ma solitude est si grande que tu fuis, petite
princesse pour celui qui ne t’aime pas

Je m’imagine ailleurs je suis là
Oh j’ai mal au cœur avec toi
Qui a l’accent vulgaire
Forteresse des misères

Avec ou sans toit, j’ai marché dans tes rues
Je les connais si bien que je peux les nommer
Mais c’est sans valeur et tu sembles murmurer
Tes travaux sont des peines sans revenus !

Ma solitude est si grande que tu fuis, petite
princesse pour celui qui ne t’aime pas

Je m’imagine ailleurs je suis là
J'ai du mal à vivre ou c'est toi
Qui commandes au hasard
Riche ville sans histoire ?

Auteur:
Jérémy Casseron
Sélection EP aLamanon
Maria
On peut pas dire qu’elle est sincère ni qu’elle a de grande manière, mais elle est belle. Et quand du tramway je la vois à travers la glace j’ai froid, j’ai froid pour elle...
« Et qu’est-c’que ça peut bien lui foutre, très certainement rien sans doute
 
 Elle a les yeux qui font les villes beaucoup moins tristes - et l’an 2000 - moins solennelles. Ils poussent ailleurs en liberté dans des caravans de santé et de ficelles..
« Elle met les cœurs dessus la route, et cett’chanson coûte que coûte
 
Elle a des tresses comme les sœurs Lianes qui tiennent les cœurs qu’on abandonne.  Sa peau noire tannée aux soleils d’hivers est la mer et le ciel, elle bourdonne...
« De la rue c’est l’aventurine, je suis gadjé elle est romin
 
 C’est une gitane Maria, sais-tu ce que c’est d’être à soi une origine ? A seize ans de tendre la main au pied d’un géant haussmannien - fraîche et maligne
 « Et dis le toi lorsque tu louches, c’est familier dire les manouches
 
Elle est habillée d’une laine, de chaussettes épaisses, de mitaine, et de sandale... de tissus, d’écharpes, et regarde nul part et partout prenez garde, un vrai scandale !
« Va pas te mesurer à elle, fille autochtone et de dentelle
 
 Pourquoi fallait-il que sa tête se retourne, et vers moi ma bête moi la gazelle : Elle m’interroge et comment savoir si elle m’a vu maman pour sa gamelle
« De cette rail en ligne droite, je n’suis pas descendu mains moites
 
Et déjà le tramway s’éloigne et je ne vois plus dans mon âme, qu’un arc en ciel le faire revenir je ne peux qu’en grattant ce soir mes cheveux, j’ai froid pour elle...
 « Et qu’est c’que ça peut bien lui foutre, très certainement rien sans doute.
« Elle met les coeurs dessus la route, et cett’chanson coûte que coûte...
Auteur:
Jérémy Casseron
Maria  © Martin Buffet